Hymne à la Liberté

Posté par Auteur le 23 mai 2014

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Je marchais dans les rues ténébreuses de Lyon en ce mois d’octobre 2013. La pluie ruisselait le long des parois des immeubles. Je me sentais plus mort que vivant, plus triste que jamais. Cette solitude pesante me brisait le dos d’autant plus que je louais une « chambre de bonne » à un vieux grincheux.

Je travaillais dans l’un de ces fast-food de Lyon 7e pour survivre. Le rythme effréné des commandes me stressait. Le responsable du restaurant nous manageait d’une manière stricte, il voulait que chaque commande soit distribuée au comptoir en un minimum de temps avec un taux de satisfaction du client proche de l’infini. Comment voulez-vous vous épanouir dans des conditions pareilles ?

« La liberté est à ce prix » n’arrêtait-il pas de me répéter ou encore, « tu sais, Bruno, estime-toi heureux d’avoir la liberté de travailler, sinon tu serais probablement l’un de ces moins que rien ». Autant dire que ce manager de pacotille me stressait magistralement. L’équipe était en proie à un turn-over phénoménal. Ce chefaillon arrivait autant à conserver ses salariés qu’à sourire à un mur.

C’est pour cela que ce soir-là, je claquai la porte de mon minuscule studio avec colère. Le vieux vint, comme d’habitude, tambouriner à la porte en hurlant « c’est pas fini ce bordel ! ». Je m’allongeai sur ce lit pliant qui voyait mon corps le déformer depuis cinq ans avec la ferme intention de ne plus bouger.

Cette vie m’étouffait littéralement, j’entendais de partout que nous avions la chance « d’être libre » mais je crois sincèrement que cette liberté est galvaudée. On jouait avec nous en permanence au jeu de bonneteau pour nous faire croire que nous avions le choix de nos mouvements. Mais je me rendais compte que je devais me lever tous les matins, déjeuner en quelques minutes et courir à l’arrêt de bus pour arriver à l’heure au fast-food. Je devais supporter la lourdeur de certains clients, vivre avec cette senteur de poireau qui émanait des aisselles de Joachim, un bon collègue un peu penaud. Je devais courber l’échine devant Patrick, le manager, qui n’arrêtait pas de hurler pour nous mater comme si nous étions des benêts ou des animaux. Je me souviens de l’un de ces moments énervants dans lequel il s’écriait sur un ton à la fois sec et mielleux « Dépêche-toi Bruno ! Tu vois bien que la dame attend depuis plus de 3 minutes ! Active-toi tu es mou ! ».

Cette liberté commençait à me peser sérieusement. Tout ce que je connaissais, c’était le travail au fast-food ou en usine, ce studio minable et le pensionnat lorsque j’étais enfant. On m’avait trouvé devant une église lorsque je devais avoir six mois. Les bonnes sœurs m’avaient prénommé Bruno parce que j’étais hypersensible et timide. Cette vie de rêve ressemblait plutôt à une interminable routine, une voie vers l’enfer terrestre ou encore une salle d’attente dans l’antichambre de la mort.

Las de tout ceci, bien allongé sur mon lit en ce soir du 28 octobre 2013, je dégainais ma nouvelle paire d’écouteurs et décidais d’écouter la radio. Mon lecteur mp3 était désespérément vide car je n’avais pas d’ordinateur pour y transférer de la musique. Je ne connaissais personne qui en possédait un hormis le vieux propriétaire mais il ne me laissait jamais rentrer chez lui sauf pour payer le loyer mensuel.

Les stations de radio balançaient leur brouhaha, j’avais envie d’écouter quelque chose de solide, de la musique classique si possible mais je ne trouvais rien qui vaille. En râlant, je balançais sur le côté les écouteurs ainsi que le baladeur mp3 qui diffusait encore la musique d’une station fm. Je décidais de fermer les yeux au lieu de hurler de rage en tapant mes poings contre les murs décrépis, le vieux aurait encore fait l’un de ses scandales.

J’avais la tête qui tournait, une sensation de vertige m’envahit soudainement, il me semblait que je tournais sur le lit à la manière d’une toupie. Mon cœur se mit à battre la chamade et je crus devenir fou. Soudainement, une musique sortie de nulle part envahit la chambre. Il me semblait être au milieu d’un orchestre symphonique, je voyais le chef d’orchestre qui battait la mesure, les violonistes se penchaient à la manière d’arbustes bercés par le vent. Cette mélodie emplissait mon cerveau sans que je ne puisse rien faire. Je me laissais porter par cette explosion musicale sans chercher à la contrecarrer.

L’orchestre ressemblait maintenant à un champ de blé secoué par des rafales, la scène était tellement extraordinaire que je décidais de lâcher prise. La musique m’entraînait toujours plus loin, elle tournoyait dans ma chambre à la manière de l’un de ses toréadors furieux qui agitait sa cape rouge dans l’arène. Elle m’entraîna jusque sur la mer déchaînée, je battais la mesure au rythme de cette mélodie, j’étais au cœur de « l’Ode à la Joie » de Beethoven.

La musique se mit à tournoyer sur elle-même jusqu’au point de se recroqueviller pour disparaître soudainement de la chambre en m’emportant avec elle. Un silence radical se fit. Une chaleur envahit instantanément mon corps, on aurait dit que le soleil cherchait à me faire rôtir la peau. Une odeur de foin me chatouilla les narines. Un hennissement me fit ouvrir les yeux. Je m’assis soudainement sur la botte de paille sur laquelle j’étais allongé.

« Victor, dépêche-toi ! Maman a préparé une soupe aux pommes de terre » hurlait mon frère Léon âgé de douze ans. Je m’étais endormi dans le champ qui dévoilait sa verdure à perte de vue. Nos chevaux couraient joyeusement dans leur immense enclos. L’un d’eux, ce magnifique cheval blanc, ruait en hennissant, c’était sa manière d’amuser la galerie. Ses cris me rappelaient que j’étais véritablement libre en l’an de grâce 1735.

Je marchais tous les jours jusqu’à la ferme voisine pour aider notre oncle à semer le blé, nourrir les poules, les cochons ainsi qu’à traire les vaches. Après avoir bien travaillé, tonton nous donnait du bon pain qu’il faisait lui-même cuire dans un grand four en pierre. La croûte croustillait généreusement sous nos dents. Nous buvions un verre de lait avant de nous pourlécher les babines en nous esclaffant.

J’emmenais avec moi Léon et nous courrions comme des fous dans ces immenses plaines. Nous étions côte à côte dans ces moments-là, nous remuions les bras devant nous en nous élançant sur les chemins de terre. Il nous semblait que nous pouvions voler jusqu’à la ferme de l’oncle Marcel. Il nous arrivait de nous chamailler dans les champs. Lorsqu’il pleuvait, nous nous abritions sous un grand chêne sans avoir peur de l’orage.

Je suis heureux comme un roi, je suis libre comme un aigle, la vie est simple, la vie est belle. Je m’appelle Victor, je vais bientôt avoir quinze ans, j’ai un frère et trois sœurs. Mes parents sont en ce moment à la ferme. Venez dans mon univers vous y serez heureux. La Liberté ressemble à un hymne qui n’arrête pas de jouer son air au rythme des champs de blé battant la mesure au gré du vent. Nous sommes en l’an de grâce 1735, je vous ouvre mon cœur mais je n’échangerai pour rien au monde cette Liberté.

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L’homme contemporain face au mythe des Héros

Posté par Auteur le 22 mai 2014

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La mode des Héros ou Super-Héros n’en finit plus, cela en devient même lassant mais cela s’explique plutôt bien si l’on connaît la volonté de ces personnes fortunées ou puissantes, comme Raymond C. Kurzweil, Lawrence B. Brilliants, Peter Diamandis, David Dalrymple, Marcel Just, Tom Mitchell, Rajiv Khosla, Salim Ismail ou Kevin Warwick pour ne citer qu’eux. Je laisserai au lecteur le soin d’en découvrir certains à travers ce reportage appelé « un monde sans humains » de Philippe Borrell.

Je continue cet article en parlant un peu du mythe des Héros tout en m’appuyant sur les définitions données par Wikipedia. Un Héros est « un demi-dieu, un personnage légendaire, un idéal, un surhomme ou simplement une personne courageuse, faisant preuve d’abnégation. ». Le héros des temps antiques est « soit mythique, ayant une parenté directe avec le panthéon, ou légendaire, auquel cas il est fréquemment lié à un dieu tutélaire. » Ce qu’il faut savoir, c’est que « les pouvoirs du héros mythique émanent de son statut de demi-dieu. »

Sans entrer plus loin dans le détail, on constate que le Héros est supérieur à l’homme traditionnel. Il représente un modèle à suivre, un idéal. Le Héros du passé s’est transformé en Super-Héros, à partir des années 1960, grâce à Marvel Comics. Un Super-Héros est un homme qui est doué de pouvoirs et qui possède une personnalité plus ou moins sombre.

C’est grâce à la bande dessinée que ces êtres extraordinaires ont envahi notre société. Lorsque nous étions enfants, ces personnages nous faisaient rêver mais cela relevait du domaine de l’imaginaire parce que Superman, Spiderman ou encore Batman restaient des êtres représentés sur des pages blanches un peu granuleuses. C’est notre esprit d’enfant qui les faisait vivre dans le monde réel. Aujourd’hui, suite à l’ère du cinéma, ce temps est révolu.

Les Super-Héros ont envahi les écrans de cinéma et ont de plus en plus d’impact sur les jeunes esprits. Il est évident que quand un enfant ou un adolescent voit sur un écran géant des personnages plus vrais que nature, il doit certainement avoir envie de les imiter. L’identification est beaucoup plus facile lorsqu’on assiste à un spectacle qui semble réel.

Il est important de noter que lorsque nous étions enfants, nous adaptions les super-héros de bandes dessinées à notre univers personnel selon nos envies. Aujourd’hui, c’est l’enfant qui doit s’identifier au super-héros puisqu’il pénètre dans un univers de fiction proche de la réalité. L’imagination de l’enfant est reléguée au second plan lorsqu’il visionne un film parce qu’il n’a pas le temps de penser devant des images défilant à toute allure. Il y a eu une inversion des comportements. L’enfant du XXe siècle était plutôt « acteur » alors que celui du présent est forcément plus « passif » puisqu’il n’a plus besoin d’utiliser son imagination.

La société du XXIe siècle reconnaît l’enfant comme un client potentiel alors que nous, bambins du XXe siècle, étions considérés davantage comme de simples gamins. Nous avions le temps de grandir au rythme de nos pensées, nous pouvions nous rouler dans l’herbe du haut des pentes, nous pensions à nous amuser avec les copains et les copines pour partager de formidables moments. Notre naïveté était très certainement un rempart contre la cruauté du monde. C’est probablement ce qui rendait le monde plus beau. Aujourd’hui, un enfant rentre rapidement dans l’univers des adultes avec ses désillusions et ses instincts de consommateurs. La magie de l’enfance s’est évaporée au profit d‘un clientélisme dénué de joie de vivre.

L’enfant est invité à s’identifier à des Super-Héros qu’on lui impose à travers des films reflétant la culture américaine. Ces Super-Héros sont pour la plupart des victimes de la science, Hulk avec les rayons gamma, Superman avec l’araignée génétiquement modifiée, Iron Man avec son armure de haute technologie, Wolverine avec ses griffes de métal, etc… L’ensemble de ces personnages possèdent un pouvoir que les véritables humains ne peuvent pas acquérir, du moins, pas pour l’instant.

Un homme qui est venu au monde de manière naturelle n’est pas doué de pouvoirs extraordinaires, sauf bien évidemment dans de rares cas. Par conséquent, les Héros ou les Super-Héros restent dans le domaine du mythique parce qu’ils ne sont pas accessibles aux êtres humains. Cependant, on s’aperçoit que la doctrine du transhumanisme est de plus en plus envahissante ces derniers temps. Comme nous le savons déjà, cette néo-philosophie propose d’améliorer l’homme en échange de flux financiers. La marchandisation de l’homme enrichira les dirigeants des entreprises innovantes et contribuera certainement, de ce fait, à marginaliser les couches populaires.

On est en mesure de se demander si ces films de Super-Héros ne prépareraient pas le terrain au transhumanisme. Les enfants de la nouvelle génération, imprégnés de cet univers fantasmagorique, seront forcément attirés par une technologie novatrice qui pourra les transformer, à leur tour, en Super-Héros. Cependant, l’homme transformé sera avant tout un client de l’une de ces grandes entreprises américaines ou asiatiques. Il subira l’influence des machines et sera beaucoup plus maîtrisable grâce à la technologie qu’on lui aura implanté dans le cerveau. Cependant, il risque de ne pas le percevoir parce qu’il aura baigné depuis l’enfance dans un univers technologique. C’est comme l’oiseau né en cage qui n’a jamais connu la liberté.

Les générations suivantes seront tellement imprégnées de cette technologie, omniprésente, qu’elles ne sauront pas qu’il existait un mode de vie beaucoup plus sain dans le passé. Ces adultes du futur n’auront probablement jamais roulé dans l’herbe un soir d’été, goûtés aux merguez un peu trop grillées un soir de barbecue avant de plonger dans la piscine de la maison du père de leur ami. Ils n’auront peut-être jamais vu des champs à perte de vue, senti l’air pur de la montagne, joué à la marelle ou au ballon prisonnier. La vie dans ce futur, selon ce que l’on nous annonce, semble peu réjouissante. Les difficultés découlant de l’usage abusif de la technologie auront occulté cette simplicité enfantine si caractéristique du passé.

Sentir le linge plié dans l’armoire de sa grand-mère, rentrer dans la maison de campagne du vieux voisin agriculteur, sentir les effluves du vin en fermentation chez un vigneron, être assis en terrasse d’un restaurant un soir d’été en entendant le tintement des verres et des couverts, écouter le chant des cigales dans un champ de lavande, rigoler à en perdre la tête le soir venu avec son meilleur ami, courir dans les champs en écartant les bras tout en hurlant « liberté ». Est-ce que nos descendants auront au moins connu cela ? Est-ce qu’ils seront prisonniers des machines, esclaves de la nanotechnologie, enfermés dans des cercueils technologiques en croyant évoluer dans une vie réelle ?

La simplicité est caractéristique de la véritable liberté. Dès que les choses se compliquent dans une civilisation, c’est qu’une subtile dictature a remplacé le libre-arbitre. Cette liberté s’est entachée d’une notion qui lui donne un goût amer dans la bouche. Si la liberté, ce mot, pouvait s’apprécier selon nos cinq sens, je crois qu’il nous dirait ceci, « ferme les yeux, imagine-toi debout dans un champ de lavande, écoute les cigales, respire ce doux parfum, sent la brise légère te caresser le visage, découvre la terre craquelée qui s’amoncelle sous tes pieds, hume à pleins poumons cet air pur, fait exploser cette envie de vivre et cours, cours aussi loin que tu pourras en chantant l’hymne à la joie. »

La liberté est belle, joyeuse, fleurissante, heureuse, douce, tendre, plein d’amour pour nous. Dès qu’elle perd ses caractéristiques, la liberté fane comme une fleur et meurt. Elle nous entraîne là où elle ne voulait pas nous emmener. Elle subit la volonté des dirigeants qui l’ont forcé à devenir cette haine féroce pour des ennemis qui possèdent pourtant une tête, deux bras et deux jambes. Cet ersatz de liberté se transforme en haine fratricide qui fait prendre les fusils pour se massacrer les uns les autres dans un carnage effroyable. Elle se retourne pour pleurer et se cache pour mourir parce que les hommes en ont fait un monstre. Cependant, quoi que nous en fassions, la liberté reste aussi belle qu’elle doit l’être parce qu’un concept est immuable, invariable, sous la lumière de la vérité.

L’homme qui se laisse bercer par la véritable liberté est un individu simple qui vit au rythme de la nature. Il prend le temps de respirer, de regarder les oiseaux, de contempler la montagne. Cet homme-là n’est pas un Super-Héros parce que tout ce qu’il souhaite c’est être heureux. Devenir un Super-Héros dans un monde froid, rigide, blanc comme un cadavre et tout aussi autoritaire ne rend certainement pas heureux.

Au lieu de jouer les Super-Héros, il vaut mieux profiter pleinement de notre vie d’homme ou de femme libre, c’est certainement là le sens de notre destinée. Je crois sincèrement que l’homme contemporain est confronté au mythe des Héros. La question est de savoir ce qu’il en tirera. Deviendra-t-il un demi-dieu et si c’est le cas, que fera-t-il de mieux ? Colonisera-t-il d’autres planètes ou s’autodétruira-t-il ? Seul l’avenir nous le dira mais finalement, j’espère ne jamais voir cela. Je tiens trop à cette liberté qui me demande de courir en chantant l’hymne à la joie.

Lien vers le fichier PDF : http://www.fichier-pdf.fr/2014/05/22/l-homme-contemporain-face-au-mythe-des-heros/

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